L’échec de la loi 101

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Message par Déchet le Sam 15 Mar - 0:17

D’abord, le mouvement souverainiste a perdu deux référendums en 1980 et 1995. Pour de très nombreux nationalistes, l’ouverture à l’immigration avait un sens en autant que le Québec progresse, peut-être lentement mais sûrement, vers l’indépendance. Or, cette lente progression a été brutalement interrompue en 1995. Les promesses d’un troisième référendum n’ont encore convaincu personne. Les souverainistes eux-mêmes sont donc aujourd’hui tentés par d’autres solutions, comme l’autonomisme de droite que proposent Mario Dumont et l’ADQ.

Ensuite, les Québécois découvrent que les barrières qu’ils avaient érigées contre l’assimilation ne remplissent leur rôle qu’à moitié. Tout particulièrement à Montréal. Trente ans après l’adoption de la loi 101, on sait que cette loi est parvenue à donner un visage francophone au Québec. On sait qu’elle a permis de retarder le rouleau compresseur canadien, mais pas de l’arrêter. En effet, toutes les enquêtes montrent que, malgré la loi, moins de 50% des nouveaux arrivants s’intègrent à terme dans la majorité francophone. Cela signifie que, 40 ans après Saint-Léonard, plus de la moitié des immigrants qui arrivent au Québec choisissent au bout d’un certain nombre d’années de rejoindre la minorité anglophone du Québec. Les souverainistes qui ont érigé la loi 101 en véritable symbole identitaire hésitent toujours à reconnaître ce qu’il faudra bien un jour appeler l’échec de la loi 101, du moins en ce qui concerne l’intégration de plus de la moitié des immigrants québécois et la reconquête linguistique de Montréal.

Un lecteur du Devoir racontait récemment comment se déroulaient les festivités qu’organisent chaque année les habitants de la Petite Italie, le quartier italien traditionnel de Montréal. Plutôt que de se dérouler en français, ou même en italien, la langue dominante de ces festivités est aujourd’hui encore l’anglais. Et cela en plein cœur de la seconde métropole francophone du monde.

Certes, les nouveaux arrivants sortent généralement de l’école bilingue. Mais, le français demeure pour la majorité d’entre eux une langue seconde qu’ils utilisent dans l’espace public chaque fois qu’ils sont obligés de le faire, mais dont ils hésitent encore à faire leur langue d’usage à la maison, autrement dit leur langue maternelle. Faut-il rappeler que, lorsque les Québécois ont bravé les préjugés du monde anglophone et la charte des droits canadienne pour faire adopter la loi 101, ce n’était pas pour parvenir intégrer 45% des immigrants, mais leur juste part, c’est-à-dire près de 90%. Ce n’était pas non plus pour fabriquer une nouvelle population organiquement bilingue capable de lui répondre poliment dans sa langue. On dira qu’une partie de ces immigrants qui choisissent l’anglais choisissent aussi souvent d’aller vivre dans une province anglophone. Ce faisant, ils contribuent néanmoins à la minorisation des Québécois dans l’ensemble canadien où ceux-ci ne représentent déjà plus que 23% de la population.

Récemment — autre signe d’insécurité identitaire —, c’est à l’unanimité que l’assemblée nationale du Québec s’est opposée à la réduction de la proportion de députés québécois siégeant à Ottawa. Une déclin dont le Canada se soucie comme d’une guigne tant il semble inscrit dans l’histoire du pays.

Le pacte symbolisé par la loi 101 impliquait que, d’un côté, les Québécois francophones s’ouvrent largement aux nouveaux arrivants, mais que, de l’autre, ceux-ci s’intègrent au bout d’une ou deux générations, en faisant du français leur langue d’usage principale. Or, ce pacte n’a jamais été tenu. Et la population francophone s’en rend dramatiquement compte aujourd’hui. Les populations qui entourent l’île de Montréal, celles du célèbre 4-5-0, découvrent souvent avec stupeur que sous l’effet de la mondialisation et malgré la loi 101, leur métropole est de plus en plus bilingue. Le processus en cours n’est pas celui ancien d’une anglicisation des francophones, mais plutôt celui d’une bilinguisation rampante, pour ne pas dire d’une « acadianisation », les Montréalais pratiquant de plus en plus une sorte de bilinguisme organique à la manière des Catalans. D’ailleurs une partie du mouvement nationaliste québécois n’a-t-elle pas déjà proposé une forme de « catalanisation » de la vie politique québécoise.

Comme en 1969, les élites politiques nationalistes, soucieuses de ne pas passer pour « ethniciste », ne semblent avoir rien vu venir. Comme l’Union nationale de l’époque, avec sa loi 63, elles ont même contribué à accentuer le sentiment d’insécurité et de perte des repères linguistiques et culturels.

On se souviendra du tollé soulevé l’an dernier par la première version du nouveau programme d’histoire du secondaire qui passait sous silence des moments aussi marquants que la bataille des Plaines d’Abraham et les insurrections des patriotes de 1837 et 1838. Certes, le programme a été révisé, mais il en est resté un goût amer dans la population qui craint dorénavant que les élites cosmopolites de Montréal ne passent par pertes et profits des pans entiers de son identité québécoise et de son histoire nationale.

Le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse est de la même eau. Depuis la Révolution tranquille, les Québécois comptent parmi les peuples du monde qui fréquentent le moins les églises. Ils n’en continuent pas moins à se dire majoritairement catholiques lorsqu’on leur pose la question. Ils pratiquent une religion « soft » qui tient plus de l’identité personnelle que de la manifestation publique. Par contre, au primaire, 80% continuent à inscrire leurs enfants au cours de catéchèse plutôt qu’à l’enseignement moral pourtant offert dans toutes les écoles publiques. À l’heure des révolutions pédagogiques à répétition, ils optent souvent pour ce cours parce qu’ils souhaitent simplement donner à leurs enfants un enseignement conforme à celui qu’ils ont eux-mêmes reçu 30 ans plus tôt.

Mais voilà qu’un certain nombre de fonctionnaires se sont mis en tête, à la suite d’un jugement de la Cour suprême, d’éliminer totalement la catéchèse à l’école et de la remplacer par un programme laïc de type britannique présentant sur un pied de relative égalité toutes les croyances, de l’indouisme à l’animisme. Un pas que même un pays aussi laïc que la France n’a jamais franchi puisque, les mercredis après-midi y restent libres afin de permettre aux parents d’offrir à leurs enfants l’éducation religieuse de leur choix. « L’aménagement de la religion de la majorité (chrétienne) à l’école est donc en train de passer à la trappe. (…) Qu’on ne se surprenne pas que cela cause des remous », écrivait fort justement notre ancien collègue Jean-François Lisée, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).

Ajoutons à ce portrait des causes de l’insécurité linguistique et culturelle le récent jugement de la Cour d’appel du Québec qui vient d’invalider la Loi 104. Cette loi visait à colmater une brèche de la loi 101 utilisée par certains parents afin d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Avant l’adoption de la loi 104, en 2002, il suffisait en effet qu’un enfant fréquente pendant un an une école anglaise privée non-subventionnée pour devenir aussitôt admissible au réseau d’écoles anglaises publiques. Si ce jugement devait être confirmée, il consacrerait le droit de contourner la loi 101 pour tous les parents qui ont les moyens de payer à leurs enfants une année à l’école privée non-subventionnée.

Rappelons-nous aussi que tout ce débat se déroule dans le contexte d’une augmentation massive de l’immigration. Depuis 2002, le nombre de nouveaux arrivants au Québec a augmenté de 40%, une progression fulgurante qui ferait débat dans l’importe quel pays. Et plusieurs proposent de hausser à nouveau ces quotas. On le constate, les symptômes ne manquent pas pour aviver le sentiment d’insécurité linguistique et culturelle des Québécois.

Symptômes qui s’inscrivent enfin dans le ressac que crée à travers le monde la progression de la mondialisation qui suscite de vives réactions jusque dans des pays comme la Grande-Bretagne et la France, dont l’identité n’est pourtant ni fragile ni menacée.

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