L’esclavage et les conflits franco-britanniques

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L’esclavage et les conflits franco-britanniques

Message par Déchet le Sam 15 Mar - 2:18

En 1685, fut proclamé le fameux Code noir, une ordonnance de Louis XIV destinée à réglementer le régime de l’esclavage et précisant les devoirs des maîtres et des esclaves. Ce Code noir, qui resta en vigueur dans toutes les Antilles et en Guyane française jusqu'en 1848 (date de l'abolition définitive de l'esclavage par la France), fut rarement respecté. Bien que ce code ne traitât pas des questions de langue, il dépouillait l’esclave de toute son identité. En effet, après le baptême catholique obligatoire, l'Africain devenait un Nègre et changeait de nom, abandonnant ses habitudes vestimentaires et sa langue, puis était marqué au fer rouge et affecté au travail servile.

Comme ailleurs aux Antilles, les rivalités franco-britanniques modifièrent le caractère politique et économique de la Guadeloupe qui, de 1691 à 1816, fut tantôt française tantôt anglaise. De 1691 à 1703, les Anglais occupèrent la Basse-Terre et Marie-Galante. Les nouveaux maîtres amenèrent en Guadeloupe 18 000 esclaves supplémentaires utilisés au développement de la Grande-Terre. Reprise par les Français en 1703, la Guadeloupe redevint à nouveau anglaise pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), mais le traité de Paris de 1763 mit fin à la guerre et restitua la Guadeloupe (et la Martinique) à la France. Quelques années plus tard, en 1775, la Guadeloupe obtint son autonomie vis-à-vis de la Martinique.

En 1784, en échange de services rendus à la France et d'une base commerciale à Göteborg (le plus grand port suédois devenu accessible aux produits français), le roi Louis XVI céda l’île de Saint-Barthélemy au roi de Suède Gustave III. Saint-Barthélemy resta sous administration suédoise jusqu’en 1877. Pendant près d’un siècle, le port de Gustavia (nom donné en l’honneur de Gustave III) de Saint-Barthélemy, le chef-lieu de l’île avec ses bâtiments d’architecture suédoise et quelques noms de rue, devint un important centre de ravitaillement pour les différentes factions en guerre, particulièrement les Français, les Anglais, les Espagnols et les Hollandais. Au fil des ans, l’île devint un haut lieu du commerce international, qui s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui.

Après que la Guadeloupe fût dotée en 1787 d'une assemblée coloniale acquise aux intérêts des planteurs, la population des esclaves noirs augmenta considérablement et passa à 90 000 Noirs contre 14 000 Blancs et 3000 affranchis. On comprendra que les grands propriétaires blancs ne virent pas d’un bon oeil la Révolution française (1789) et la Convention qui abolissait l’esclavage. Le gouverneur et l'assemblée de la Guadeloupe refusèrent de se soumettre à la nouvelle république qui envoya une expédition aux Petites Antilles pendant que les Anglais avaient repris la Guadeloupe en 1794. Les Français menés par Victor Hugues libérèrent aussitôt l’archipel et toutes ses îles, exception faite des Saintes. Après avoir proclamé l'abolition de l'esclavage, Hugues enrôla un grand nombre de Noirs dans l'armée de la République, installa un tribunal révolutionnaire, emprisonna ou fit guillotiner les grands propriétaires blancs et réquisitionna le reste des Noirs pour les faire travailler de nouveau sur les plantations. Pendant quatre années (1794-1798), Victor Hugues fit régner son régime de terreur jusqu’à son rappel en France pour ensuite être nommé en Guyane où... il rétablit l'esclavage. À cette époque, l'archipel guadeloupéen comptait 113 726 habitants, mais seulement un millier de Blancs. Pendant que la Guadeloupe défendait seule aux Antilles les idéaux révolutionnaires, aidant même la Guyane française, la Martinique restait, sous la domination anglaise, fidèle à l’Ancien Régime monarchique incarné par Louis XVIII.

Pendant ce temps, les autorités françaises se préparèrent à reprendre la Guadeloupe. Le 14 Novembre 1801, Denis Décrès, alors ministre de la Marine et des Colonies déclarait avec des propos paternalistes :

Je veux des esclaves dans les colonies. La liberté est un aliment pour lequel l'estomac des Nègres n'est pas préparé. Je crois qu'il faut saisir toutes les occasions pour leur rendre leur nourriture naturelle sauf les assaisonnements que commandent la justice et l'humanité. Je crois qu'il faut envoyer une force considérable en Guadeloupe, non pour la réduire à ce qu'elle était mais à ce qu'elle doit être.

Le gouvernement français dépêcha 6000 hommes de troupes sous les ordres du général Antoine Richepanse (1770-1802). Les Français massacrèrent massacrèrent quelque 10 000 hommes et femmes, ce qui représentait environ 10 % de la population guadeloupéenne. Cette tuerie de mai 1802 avaient pour objectif non seulement de remettre les Noirs sous le joug de l'esclavage, mais aussi de leur faire admettre que le maître blanc ne pouvait accepter d'être défié impunément. Il fallait en somme que la Guadeloupe serve d'exemple aux autres Nègres des colonies françaises.

Quelques années plus tard, soit en 1808, les Anglais entamèrent une nouvelle campagne d'invasion et conquirent encore le Guadeloupe au début de l'année 1810 et y restèrent jusqu'à la signature du traité de Paris de 1814, qui rendait la totalité de l'archipel à la France. En raison du retour de Napoléon au pouvoir (période des Cent Jours), les Anglais remirent en cause cette restitution et une dernière invasion eut lieu. L'archipel ne revint définitivement à la France qu'en juillet 1816.

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