Ces imbéciles qui gouvernent les Etats-Unis

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Ces imbéciles qui gouvernent les Etats-Unis

Message par avec-amour-et-paix le Dim 26 Oct - 5:47

Quant à l'oligarchie des USA...
Faut-il encore croire les « experts » ?
Ces imbéciles qui gouvernent les Etats-Unis

HEDGES Chris

"la roue tourne mais le hamster est mort"
[ note du traducteur : le titre et la plupart des références et analyses sont probablement plus ou moins adaptabes à d’autres pays... ]
Notre oligarchie est incompétente pour gouverner, pour gérer l’économie, pour réagir devant les catastrophes naturelles, pour éduquer notre jeunesse, pour gérer les affaires internationales, pour créer des services élémentaires tels que la santé ou la protection des individus. Qu’elle soit encore au pouvoir, et qu’elle le sera encore à l’issue des prochaines élections, prouve notre degré d’incapacité à faire la part des choses entre nos illusions et la réalité. Nous croyons encore les « experts » et ces derniers se croient encore eux-mêmes. Ils tournent comme des mouches autour de John McCain et Barack Obama. Ce n’est que lorsque ces élites seront dénoncées comme des parasites incompétents et renversées que nous aurons un espoir de rétablir l’ordre social, économique et politique.

« Leur incapacité d’imaginer qu’un être humain puisse être motivé par autre chose que l’intérêt les rend incapables, ne serait-ce que d’imaginer, d’évoluer dans le cadre d’un désintéressement qu’on appelle l’intérêt public » a dit le philosophe canadien John Ralston Saul, dont les livres « La Civilisation inconsciente » et « Les Bâtards de Voltaire - La dictature de la raison en Occident » s’en prennent avec virulence à nos élites oligarchiques. « C’est comme si la révolution industrielle avait provoqué un traumatisme sévère, qui perdure encore et qui efface la mémoire chez certains. Pour eux, l’histoire moderne a jailli d’une explosion, la révolution industrielle. C’est la pensée idéologique standard : une étoile filante traverse le ciel, une météorite explose, et l’histoire démarre. »

Nos élites – ceux du Congrès, ceux de Wall Street et ceux qu’on nous prépare dans nos universités et écoles de commerce prestigieuses – n’ont pas les capacités pour réparer cette pagaille financière. En réalité, ils vont l’aggraver. A cause de l’éducation qu’ils ont reçue, ils n’ont aucune conception du « bien commun ». Ce sont des bureaucrates médiocres, timorés, sans imagination qui ont été formés à la gestion de systèmes. En guise de solutions, ils ne peuvent concevoir que des petites retouches qui feront plaisir aux milieux d’affaires. Ils ne pensent qu’en termes de chiffres, de profits et de promotions personnelles. Ils sont capables de refuser des soins médicaux aux malades pour augmenter les bénéfices d’une compagnie, tout comme ils sont capables de faire appel à l’argent des contribuables pour fourguer des systèmes d’armement couteux à quelques dictatures sanglantes. Les conséquences sur le plan humain ne figurent jamais dans leurs bilans. Le système démocratique, pensent-ils, est un effet collatéral du libéralisme économique. Et ils servent docilement le marché.

Andrew Lahde, de Santa Monica, Californie, est le gestionnaire de « hedge funds » qui a fait un profit de 870 pour cent l’année dernière en pariant sur un effondrement des « subprimes ». Il vient de fermer son fond de placement, pour cause d’affaires trop risqués avec des banques défaillantes. Dans sa lettre d’adieu à ses investisseurs (*), il s’en prend violemment aux élites.

Parlant de la classe oligarchique, il dit :

« Les fruits pendants, c’est-à-dire ces idiots dont les parents ont payé la prépa, Yale et le MBA d’Harvard, étaient à ramasser. Ces gens qui étaient la plupart du temps indignes de l’éducation qu’ils ont (supposément) reçue se sont élevés jusqu’aux sommets de firmes comme AIG, Bear Stearns et Lehman Brothers et à tous les niveaux du gouvernement. Toutes ces choses qui soutiennent cette aristocratie n’ont abouti qu’à rendre plus facile pour moi de trouver des gens assez bêtes pour être de l’autre côté de mes transactions. Dieu bénisse l’Amérique ». (**)
« En ce qui concerne le gouvernement, j’aurais une modeste proposition à faire. » poursuivit-il. « D’abord, je voudrais souligner les failles les plus évidentes, où des propositions de lois ont sans cesse été présentées au Congrès ces huit dernières années, des lois qui permis de contrôler les pratiques de ces institutions qui sont pour la plupart aujourd’hui défuntes. Ces institutions ont régulièrement rempli les coffres-forts de tous les partis politiques en échange d’un rejet des ces projets de loi dont l’objectif était de protéger le citoyen de base. C’est un scandale, et pourtant personne n’a l’air de le remarquer ou de s’en préoccuper. Depuis la mort de Thomas Jefferson et Adam Smith, je dirais qu’il y a une pénurie de véritables philosophes dans ce pays, du moins de ceux qui se consacrent à améliorer le gouvernement. »

La démocratie n’est pas un produit des marchés libres. Démocratie et Capitalisme sont antagonistes. La Démocratie, comme la responsabilité individuelle, n’est pas basée sur la recherche d’un profit personnel mais sur l’abnégation. Une démocratie qui fonctionne doit, au nom des citoyens, défier les intérêts économiques des élites. Ce n’est pas le cas. Les patrons et les officiels du gouvernement qui tentent de réparer l’effondrement économique sont en train de consacrer de l’argent et des ressources au secteur financier parce que tout ce qu’ils savent faire, c’est gérer et maintenir des systèmes existants, pas les changer. Mais les systèmes financiers ne sont pas des abstractions scientifiques ou mathématiques qui existent indépendamment des êtres humains.

Lors d’une interview téléphonique, Saul a dit :

« Lorsque l’élite commence à croire à la réalité de l’argent, la crash n’est pas bien loin. Ils ont abandonné toute réflexion. Ils se sont mis dans l’impossibilité de se regarder dans la glace et de réfléchir, de distinguer inflation, spéculation et simple esbroufe. Ils en sont incapables. Et lorsque vous leur dites, « hé, ceci n’est pas du réel », ils répondent, « oh, mais vous ne comprenez pas, vous êtes vieux jeu, vous en êtes encore à raisonner en termes de production » sans oublier le « c’est de l’économie élémentaire, voyons ». Ca ne rate jamais. »
« Le problème, c’est qu’il y a une crise, il y a une perte de repères chez tous ceux qui sont au pouvoir, et je ne parle pas que de George Bush, c’est quelque chose de très, très profond » dit Saul. « Il y une nécessité de repenser l’économie et la politique. Il faut repenser toute la méthode d’analyse de la Banque Mondiale. Si j’étais le Secrétaire du Trésor - pas un type comme Henry Paulson, je veux parler d’un Secrétaire du Trésor ou d’un Ministre des Finances normal - et si je disais, « bon, les gars, on a un problème, on va réunir tous les fonctionnaires expérimentés. Messieurs, dames, nous avons un grave problème, il faut trouver quelque chose ». Eh bien, ces gens-là en seraient incapables parce qu’on en est déjà à la quatrième génération de ce qu’on pourrait appeler les gestionnaires globalistes néoconservateurs (en résumant un peu brutalement). Alors ils vont consulter leurs subalternes qui à leur tour vont consulter ceux en dessous et ainsi de suite. Et il n’y en aura pas un seul pour proposer une alternative. On entendra peut-être quelques petites variations, mais pas d’opinions divergentes. Il est donc très difficile de changer les choses parce qu’ils ont éliminé toute opposition interne. C’était le même problème en Union Soviétique, non ? »

Saul releva que, dans les années 20, en Allemagne, Italie et la France, les trois premiers objectifs du mouvement corporatiste, du moins pour ceux qui ont fini par rejoindre l’expérience fasciste, était « le transfert du pouvoir entre les mains de groupes d’intérêt économiques et sociaux, l’interférence du privé dans des domaines normalement réservés au public » et « la suppression des frontières entre l’intérêt privé et l’intérêt public – c’-est-à-dire la remise en cause de l’idée même d’intérêt pubic. »

On n’a pas déjà entendu ça quelque part ?

« Il existe une poignée de gens qui n’ont pas connu les honneurs des grands media, qui n’ont pas été écoutés, qui ont été marginalisés de toutes les manières possibles et imaginables, » dit Saul. « Il y en a quelques uns et on pourrait faire appel à eux. Mais ensuite, à qui transmettre les instructions ? Ceux à qui ils transmettraient les instructions ne vont pas comprendre les instructions parce que cela ne fait pas partie de leur éducation. C’est comme un général qui voudrait mener une guerre de guérilla et qui se rendrait soudainement compte que ses officiers ne savent que creuser des tranchées. Comment réussirait-il à leur faire faire quelque chose pour laquelle ils n’ont jamais été formés ? C’est ainsi que l’on aboutit à cette sorte de désarroi, de confusion interne, et la menace du populisme. Nous avons déjà connu le populisme, mais là ce serait bien plus fort, plus effrayant, plus violent. »
Nous avons beau élire des représentants pour mettre fin à la guerre, la guerre continue. Nous avons beau demander aux élus de faire interdire les écoutes téléphoniques illégales de Bush, les lobbyistes des compagnies de télécommunication font en sorte qu’elles continuent. Nous avons beau les supplier de ne pas faire un cadeau de 850 milliards de dollars d’argent des contribuables aux élites de Wall Street… Nous avons beau vouloir un vrai système de sécurité sociale, le sujet n’est même pas abordé lors des débats présidentiels. En tant qu’individus dans ce système, nous n’avons aucune importance.

« J’ai parlé à plusieurs juges de Cours Suprêmes, à plusieurs reprises dans différents pays, » m’a déclaré Saul, « et je leur demandais « écoutez, dans vos jugements, pouvez-vous distinguer les affaires relevant d’un contrat social de celles relevant d’un contrat commercial ? » et la réponse est toujours « nous ne pouvons plus faire la distinction ». C’est là le cœur du problème. On n’a plus le concept de l’autre, l’individu n’a plus de devoirs envers le collectif. Et on ne peut pas l’avoir puisque tout le système légal a glissé ces 50 dernières années vers une confusion croissante entre le contrat social et le contrat commercial. Ce sont pourtant deux choses totalement distinctes. Le contrat social lie les individus dans le cadre d’un intérêt collectif, il implique une responsabilité individuelle, la capacité de comprendre l’autre. Le contrat commercial n’est qu’un contrat commercial. On ne peut pas les confondre. En fait, ils ne sont pas faits l’un pour l’autre. Le contrat commercial ne fonctionne correctement que lorsque le contrat social fonctionne dans une démocratie. »
Ceux qui vivent du fruit de leur travail (« la classe ouvrière » dans le texte original – ndt) et qui ont désespérément emprunté de l’argent pour survivre lorsque leurs salaires réels ont dégringolé, devront désormais faire face à une stagnation ou même un déclin de leurs revenus au cours des prochaines années, peut-être même des prochaines décennies, sans pouvoir accéder à de nouveaux crédits. Pendant ce temps, le budget national est en train d’être asséché au profit d’intérêts commerciaux spéculateurs. Le gouvernement – seule institution que les citoyens ont qui soit assez puissante pour protéger leurs droits – a été affaiblie, devient anémique et de moins en moins capable de venir en aide à la masse de citoyens qui vont connaître une période de privations et de souffrances inconnues depuis les années 30. La consommation, ce moteur dispendieux de l’économie US, est en déclin. Les ventes au détail aux Etats-Unis ont chuté de 1,2 pour cent au mois de septembre. La baisse est pratiquement le double des 0,7 pourcent prévus par les analystes, et la consommation des ménages représente deux tiers de l’activité économique aux US. 160.000 emplois ont été perdus le mois dernier et 750.000 emplois ont été perdus l’année dernière. Les répercussions de l’effondrement économique ne font que commencer.

Je ne pense pas que George W. Bush ou Barack Obama ou John McCain ou Henry Paulson soient des fascistes. Je pense qu’ils font plutôt partie d’une cabale de capitalistes ingénus, médiocres et inconscients qui, petit à petit, sont en train d’affaiblir les structures politiques et économiques au point où notre démocratie deviendra si impuissante qu’elle en sera balayée, et probablement avec un fort soutien populaire. Le seule question est comment cela se produira. Le déclin sera-t-il lent et régulier comme à la fin de l’Empire Romain lorsque le Sénat n’était plus qu’une farce ? Y’aura-t-il une puissante réaction d’extrême-droite en provenance des cercles extérieurs au sérail politique traditionnel, comme en Yougoslavie, et la montée en puissance d’un fascisme chrétien ? Y’aura-t-il une crise nationale qui permettra à ceux au pouvoir de balayer les droits constitutionnels au nom de la sécurité nationale ?

Je ne sais pas. Mais je sais que tant que notre oligarchie sera au pouvoir, rien de bon ne nous attendra. Soit nous réussissons à rétablir la notion de l’intérêt public, ce qui implique une révolte contre l’élite et le démantèlement des structures corporatistes, soit nous assisterons à l’agonie de la démocratie.

traduction VD pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

VERSION ORIGINALE
http://www.informationclearinghouse...

(*) lettre d’adieu à la finance en anglais http://www.portfolio.com/html/asset...
en français http://www.legrandsoir.info/spip.php ?article7307

(**) citation en français tirée de http://blog.mondediplo.net/2008-10-...

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7306


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Re: Ces imbéciles qui gouvernent les Etats-Unis

Message par alpha le Mar 4 Nov - 10:01

Comment des crétins incultes ont-ils réussi à s’imposer à Washington ?
Le déclin de l’intelligence et de l’érudition dans la politique américaine résulte d’une série de calamités imbriquées les unes dans les autres.

Comment a–t’on pu laisser faire ? Comment la politique aux États-unis en est-elle venue à être aux mains de gens qui font de l’ignorance une vertu ?

Est-ce la compassion qui a permis au plus proche parent de l’espèce humaine sur terre d’effectuer deux mandats à la Maison Blanche ? Comment Palin, Dan Quayle et d’autres embrumés du cerveau ont-ils pu arriver là où ils sont ? Comment les meetings de la campagne présidentielle de 2008 des Républicains ont-ils pu être couverts par les vociférations des grandes gueules incultes qui soutenaient que Barack Obama était musulman et terroriste ?

Comme la plupart des gens de ce côté-ci de l’Atlantique, la politique américaine me sidère depuis de nombreuses années. Les États-unis ont les meilleures universités du monde et attirent chez eux les plus grands savants. Ils sont à la pointe des découvertes en science et en médecine. Leur richesse et leur puissance s’appuient sur des savoirs. Et malgré cela, cas unique au monde (excepté peut-être l’Australie), l’érudition est un handicap politique rédhibitoire.

Il y a eu des exceptions au cours de ces cent dernières années - Franklin Roosevelt, JF Kennedy et Bill Clinton ont dissimulé leur intellectualisme sous un vernis de populisme qui leur a permis de s’en sortir, mais Adlai Stevenson, Al Gore et John Kerry ont été traînés dans la boue par leurs adversaires qui les accusaient de faire partie de l’élite intellectuelle (comme si cela n’était pas un critère pour postuler à la présidence). Peut-être que le moment décisif où la politique intelligente a été battue en brèche a été la réplique de Ronald Reagan à Jimmy Carter en 1980 lors du débat présidentiel. Carter, un peu hésitant, utilisant des mots de plus d’une syllabe, développait en plusieurs points les avantages d’une couverture maladie universelle. C’est alors que Reagan, souriant, lui a répondu : " Ça y est, voilà que vous remettez ça".

Son propre programme sur la couverture maladie aurait effaré la plupart des Américains s’il l’avait soigneusement expliqué comme l’avait fait Carter pour le sien, mais il avait trouvé la formule pour éviter les questions politiques épineuses en faisant passer ses adversaires pour des intellos.

Cela n’a pas toujours été le cas. Les pères fondateurs de la république (Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, James Madison, John Adams, Alexander Hamilton et les autres) faisaient partie des plus grands penseurs de leur époque. Et ils ne ressentaient nul besoin de s’en cacher.

Comment le projet qu’ils avaient lancé a-t-il dégénéré au point de tomber entre les mains d’un GW Bush ou d’une Sarah Palin ?

Au premier abord, la réponse est facile. Les élus ignares sont élus par des électeurs ignares. Le système éducatif en Amérique, comme le système de santé, sont des fiascos notoires. Dans le pays le plus puissant au monde, un adulte sur 5 croit que le soleil tourne autour de la terre ; seuls 26% des Américains conviennent que l’évolution des espèces est guidée par lasélection naturelle ; 2/3 des jeunes adultes sont incapables de repérer l’Irak sur une carte ; 2/3 des électeurs ne savent pas quelles sont les trois branches du gouvernement ; Les performances en maths des adolescents de 15 ans se classent au 24° rang des 29 pays de l’OCDE.

Mais tout cela ne fait qu’étendre le mystère : comment tant de citoyens américains sont-ils devenus si crétins et si méfiants vis-à-vis de l’intelligence ? Le livre de Susan Jacoby, "l’Ère de la déraison en Amérique" apporte l’explication la plus complète qu’il m’ait été donné de lire jusqu’à présent. Elle montre que la dégradation de la politique américaine découle d’une cascade de catastrophes imbriquées les unes dans les autres.

Un des thèmes est à la fois banal et clair : la religion (en particulier le fondamentalisme religieux) vous rend idiot. Les États-unis sont le seul pays où le fondamentalisme chrétien soit répandu et en expansion.

Jacoby montre qu’il y avait autrefois une certaine logique à son anti-rationalisme. Au cours des toutes premières décennies qui ont suivi la parution de "L’Origine des Espèces", par exemple, les Américains avaient de bonnes raisons de rejeter la théorie de la sélection naturelle et de se méfier des intellectuels en vue. Depuis le début, la théorie de Darwin a été assimilée à la philosophie brutale (connue aujourd’hui sous le nom de Darwinisme social) de l’écrivain britannique Herbert Spencer. La doctrine de Spencer, qui a fait les choux gras de la presse populaire grâce au soutien financier d’Andrew Carnegie, John D Rockefeller et Thomas Edison, laissaient entendre que les milliardaires étaient tout en haut d"une "scala natura" (échelle de la nature) créée par l’évolution. En empêchant l’éradication des personnes les moins adaptées à la survie, l’État interventionniste affaiblissait le pays. Les énormes inégalités économiques étaient à la fois justifiables et nécessaires.

En d’autres termes, on avait fini par confondre le darwinisme et le système barbare de la politique économique du laisser-faire. De nombreux chrétiens ont réagi par le rejet. Il est particulièrement ironique que cette doctrine, rejetée il y a un siècle par des fondamentalistes aussi réputés que William Jennings Bryan, soit aujourd’hui à la base de la conception économique de la droite chrétienne. Les fondamentalistes actuels réfutent la théorie de l’évolution de Darwin et adhèrent à la théorie pseudo-scientifique du darwinisme social.

Mais il y avait d’autres raisons, plus profondes, à l’isolement intellectuel des fondamentalistes. L’enseignement dans les états du sud des États-unis s’appuyait sur le dogme d’une aristocratie de planteurs ignares, ce qui a donné naissance à un gouffre éducatif béant. "Dans le sud", écrit Jacoby, "ce qu’on ne peut qu’appeler un "blocus intellectuel" a été imposé de façon à faire barrage à toute philosophie susceptible de menacer l’ordre social."

La "Southern Baptist Convention" (Convention baptiste du sud), actuellement le culte le plus répandu aux États-unis, a été à l’esclavage et à la ségrégation ce que l’Église Réformée Hollandaise a été à l’apartheid. Elle a fait plus que tout autre organisme pour maintenir le sud dans l’abêtissement. Dans les années soixante, elle a tenté d’empêcher la déségrégation en créant un réseau d’écoles et d’universités chrétiennes. Un élève peut donc actuellement effectuer toute sa scolarité depuis la maternelle jusqu’à l’université sans jamais passer par l’enseignement laïque. Le dogme des baptistes du sud se transmet également tel quel par le biais du système scolaire.

D’après les conclusions d’une enquête réalisée par des professeurs de l’Université du Texas en 1998, un professeur de biologie sur quatre qui enseigne dans les écoles publiques au Texas croit que les êtres humains et les dinosaures ont vécu sur terre à la même époque.

Cette catastrophe est le résultat de la fétichisation de l’autodidacte en Amérique. Même si lui-même regrettait profondément de ne pas avoir reçu un enseignement traditionnel, l’ascension d’Abraham Lincoln est constamment citée en exemple pour conforter l’idée qu’une bonne instruction payée par l’état est inutile : tout ce dont on a besoin pour réussir, c’est de la détermination et un individualisme à toute épreuve. Cela aurait pu être profitable quand les authentiques mouvements pour l’apprentissage autodidacte comme celui qui s’est créé autour des "Little Blue Books" dans la première moitié du XX°s, étaient en vogue. Mais à l’époque de l’infotainment , c’est le meilleur moyen de créer la confusion.

Parallèlement à l’influence des fondamentalistes religieux, les raisons pour lesquelles les intellectuels ont peut-être des problèmes lors des élections, c’est que l’intellectualisme a été assimilé à de la subversion.

La relation éphémère de certains penseurs avec le communisme, il y a longtemps de cela, a été instrumentalisée pour créer l’impression dans l’esprit de la population que tous les intellectuels sont des communistes.

Pratiquement tous les jours, des gens comme Rush Limbaugh et Bill O’Reilly (animateurs radio et télé célèbres aux US, NDT) vilipendent les "élites libérales" qui mènent les États-unis à la ruine.

Agiter le spectre d’intellos subversifs a joué un rôle essentiel lors des élections de Reagan et de Bush. Une authentique classe d’intellectuels (comme les néocons - dont certains sont d’anciens communistes - qui entourent Bush) a réussi à présenter le conflit politique comme une bataille entre l’Américain lambda et une élite politique composée de socialos surdiplômés. Toute tentative de contrer les thèses de la droite est, ainsi, désormais taxée d’élitisme.

Obama a beaucoup à offrir aux États-unis, mais rien de tout cela ne prendra fin s’il accède à la Maison Blanche. S’il n’y a pas un virage à 180% pour résoudre la crise du système scolaire public ou si le fondamentalisme religieux ne périclite pas, il y aura encore des débouchés dans la politique pour des gens, comme Palin et Bush, qui font étalage de leur ignorance crasse.

George Monbiot

The Guardian,
Tuesday October 28 2008
http://www.guardian.co.uk/commentis...

Traduction et notes annexes :
Des bassines et du zèle
pour le Grand Soir http://ww.legrandsoir.info


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Notes annexes :

Pour se rendre compte de l’étendue du désastre culturel, quelques "bushismes" :

"Vous voyez, les nations libres sont des nations pacifiques. Les nations libres ne s’attaquent pas entre elles. Les nations libres ne fabriquent pas d’armes de destruction massive."—Milwaukee, Wis., Oct. 3, 2003.

Je n’ai pas grandi dans l’océan, euh … je veux dire : près de l’océan, j’ai grandi dans le désert. Et donc, c’était un agréable contraste de voir l’océan. Et j’aime ça surtout quand je vais à la pêche" Washington, D.C., Sept. 26, 2008

Les gens en Louisiane doivent se rendre compte que dans tout le pays beaucoup de gens prient – ils prient pour ceux dont les vies ont été complètement bouleversées. Et j’en fais partie."— Baton Rouge, Sept. 3, 2008

"Mais bien souvent, on me demande : Pourquoi ? Pourquoi vous vous souciez-vous de ce qui se passe en dehors de l’Amérique ?"—Washington, D.C., June 26, 2008

Et ils n’ont aucun irrespect pour les vies humaines" (parlant de la "barbarie" des combattants afghans) - Washington, D.C., July 15, 2008

Tout au long de notre histoire, la Déclaration a poussé les immigrés venus du monde entierà venir s’installer en Amérique. Ces immigrés ont contribué à transformer les 13 petites colonies en un grand pays de plus de 300 personnes" —Charlottesville, Va., July 4, 2008

Bien souvent, on me demande : "mais comment ça se fait que vous pensiez tant à aider les affamés et les malades dans des coins obscurs de la planète ?" "—Washington, D.C., April 18, 2008 …

Et en cherchant bien, il y a probablement des citations de l’actuel président de la France (et de l’Europe) qui dénotent de cette tendance …


Comment des crétins incultes ont-ils réussi à s’imposer à Washington ? par George Monbiot (The Guardian via Le Grand Soir)
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