L'autocouronnement d'Obama

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L'autocouronnement d'Obama

Message par alpha le Lun 19 Mai - 11:45

L'autocouronnement d'Obama
Barack Obama, le 17 mai 2008 à Roseburg (Oregon) © Jae C. Hong / AP Photo / SIPA

Barack Obama va se proclamer candidat du Parti démocrate mardi 20 mai au soir, et il le fera depuis l'Iowa, État où il a remporté la première élection primaire en janvier. Cette victoire lui avait permis de prendre un avantage qui s'est avéré décisif sur sa principale rivale, Hillary Clinton.
Au soir des primaires qui auront lieu mardi dans le Kentucky et dans l'Oregon, les partisans d'Obama expliquent qu'ils ont bon espoir que le sénateur de l'Illinois atteigne le chiffre magique de 1.627 délégués, soit la majorité des délégués élus à la Convention qui aura lieu fin août à Denver (Colorado).

La seule chose qui pourrait faire dérailler cet autocouronnement serait une défaite tout à fait improbable et inattendue dans l'Oregon, État du Nord-ouest plutôt prospère, jeune et dominé par les travailleurs intellectuels aisés et les professions libérales qui, avec les Afro-Américains, sont depuis le début des primaires la base d'Obama. Ce dernier ne laisse rien au hasard, et a mené intensément campagne dans l'État, qu'il a inondé de publicités télévisées et radio en puisant dans son énorme trésor de guerre électoral.

L'importance d'une nette victoire dans l'Oregon ne tient pas seulement aux délégués qu'il peut y conquérir. Elle est surtout symbolique. Elle doit permettre à Obama d'effacer la défaite qui lui est prédite dans le Kentucky, État du Sud dont la population de travailleurs pauvres et ruraux ressemble beaucoup à celle de la Virginie occidentale, qui avait voté massivement pour Hillary Clinton le 14 mai.

Obama évoque la bataille des primaires au passé

Mais elle doit par-dessus tout servir d'argument au sénateur métis de Chicago pour réfuter ceux (Hillary la première) qui émettent des doutes sur ses chances de pouvoir se faire élire à la Maison-Blanche en novembre, en raison de l'incapacité dont il a fait preuve jusqu'à présent à mobiliser l'électorat, démocrate mais conservateur, des travailleurs (et travailleuses) blancs, pauvres et peu éduqués. L'Oregon, comme l'Iowa, est un des États les plus "blancs" du pays.

Obama ne doute pas de sa victoire finale. Depuis quelques jours, il évoque la bataille des primaires au passé dans ses discours, et ne prend même plus la peine de critiquer sa concurrente. Il passe le plus clair de son temps à faire campagne dans des États qu'il avait ignorés, ou bien où il avait été battu, dans les primaires, mais qui seront importants pour lui en novembre, en particulier le Michigan et la Floride, et il concentre toutes ses attaques sur celui qui sera son adversaire républicain, John McCain.

Il est aidé à la fois par les médias, qui l'ont déjà proclamé vainqueur et ont pratiquement cessé de couvrir la campagne Clinton, et par McCain, qui a manifestement conclu qu'il aurait affaire à Obama cet automne. La première escarmouche de l'élection présidentielle a opposé les deux hommes la semaine dernière au sujet de l'Iran. Le sénateur républicain a attaqué la volonté affichée par le démocrate de rencontrer le président iranien Ahmadinejad sans conditions préalables, et il a mis en doute sa détermination à combattre le terrorisme. Obama a répliqué en accusant McCain de "jouer la carte de la peur", et de n'avoir d'autre idée en politique étrangère que de poursuivre celle, catastrophique, de George W.Bush.

82 % des Américains jugent que le pays est "sur la mauvaise pente"

Pourtant, en dépit des apparences, il reste six primaires dans le camp démocrate (outre le Kentucky et l'Oregon, Porto Rico vote le 1er juin, le Dakota du Sud et le Montana le 3). La question délicate des 338 délégués élus en Floride et dans le Michigan, lors de primaires jugées illégales par le parti et remportées par Hillary Clinton, ne sera tranchée que le 31 mai, lors d'une réunion de la commission du règlement. Si cette commission décide de compter ces deux primaires, la majorité des délégués élus sera à 1.784 (et non à 1.627). Elle échappera toujours à Obama, qui n'aura pas non plus la majorité absolue des délégués et des superdélégués (notables du parti qui ne sont pas élus lors des primaires) qui passera de 2.025 à 2.209.

La réintégration des votes exprimés en Floride et dans le Michigan aura un autre effet embarrassant pour Obama, puisqu'il sera alors dépassé par Hillary Clinton au décompte total des voix démocrates exprimées lors des primaires (surtout si la sénatrice de New York l'écrase dans le Kentucky et à Porto Rico de plusieurs centaines de milliers de voix, comme elle l'a fait en Virginie occidentale). Ce décompte, auquel les partisans de Clinton s'accrochent comme à une bouée de sauvetage, n'a pas de valeur légale.

Mais il peut avoir un impact psychologique et politique sur les centaines de superdélégués qui n'ont pas encore fait connaître lequel des deux prétendants ils soutiendront comme candidat du parti. Les doutes sur l'éligibilité d'Obama en seront renforcés, d'autant que le sénateur de l'Illinois ne l'emporte pas nettement (pour l'instant) sur McCain dans les sondages, alors même qu'il devrait l'écraser quand on sait que 82 % des Américains jugent que le pays est "sur la mauvaise pente", et que 53 % d'entre eux se déclarent démocrates.

Obama-Clinton, une équipe qui a la faveur des démocrates

Si Obama finit par s'imposer, et Hillary par reconnaître sa défaite (elle a indiqué qu'elle le ferait probablement après la dernière journée de primaires, le 3 juin), tous les analystes démocrates admettent qu'il lui faudra alors impérativement choisir un colistier qui puisse compenser ses faiblesses manifestes. "L'équipe de rêve" Obama-Clinton a la faveur de la majorité des militants démocrates, mais la plupart des conseillers du parti expriment des doutes sur sa viabilité.

La présence d'Hillary Clinton pourrait en effet pousser vers McCain ou vers l'abstention beaucoup d'hommes qui ne sont visiblement pas prêts à envisager une femme à la Maison-Blanche, et tous ceux qui font profession de haïr les Clinton depuis de longues années. Hillary aurait en outre probablement tendance à vouloir agir en "coprésidente". Et la question du rôle de son mari, l'ex-président Bill Clinton, serait épineuse. Ces faits expliquent le manque total d'enthousiasme de la part d'Obama pour cette solution.

Néanmoins, des réunions ont déjà lieu, à Washington et à New York, pour tenter de mettre sur pied une équipe qui serait issue des deux ailes du parti qu'incarnent Obama (les Noirs, les jeunes, les riches) et Clinton (les femmes, les vieux, les pauvres), et qui pourrait en même temps parer les attaques que McCain ne va pas manquer de mener contre le manque d'expérience d'Obama sur les questions de sécurité nationale et de politique étrangère, sur son manque de "patriotisme" et son "gauchisme" supposé.

C'est pourquoi circulent dans le moulin à rumeurs de Washington les noms de partisans d'Hillary, comme le général Wesley Clark (ancien commandant des forces de l'Otan) ou de démocrates centristes, voire conservateurs, comme le sénateur de Virginie Jim Webb (ancien officier des Marines et héros du Vietnam, ex-républicain devenu démocrate), celui de l'Indiana, Evan Bayh, le gouverneur de Pennsylvanie, Ed Rendell, ou celui de l'Ohio, Ted Strickland.
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